Lundi matin, une responsable des opérations prépare le point de la semaine. Elle ouvre ses mails, l’export du CRM, le tableau de suivi partagé, puis recopie les chiffres dans une présentation. Le document finit par être prêt, et rien de ce travail n’a demandé de vraie décision.
C’est exactement le genre de tâche que visent trois outils récents : Claude Cowork chez Anthropic, Copilot Cowork chez Microsoft et ChatGPT Work chez OpenAI. Ils ne se contentent plus de répondre à une question. On leur donne un objectif, ils ouvrent les fichiers et les applications nécessaires, et rendent un livrable à relire.
Ce comparatif s’appuie uniquement sur leur documentation officielle, consultée le 10 octobre 2026. Ces offres changent presque chaque mois : vérifiez-les avant de décider.
Ce que ces trois outils ont en commun
Vous décrivez le résultat attendu. L’outil établit un plan, va chercher l’information dans vos fichiers et vos applications, puis produit un document, un tableau ou une présentation. Vous suivez chaque étape et pouvez le réorienter. Les trois savent lancer une tâche à heure fixe et demander votre accord avant une action importante, comme envoyer un mail.
Les éditeurs parlent d’« agent ». Le mot se défend : comme un agent IA, l’outil choisit lui-même les étapes pour atteindre un but. Mais il travaille pour une personne, avec ses accès, à sa demande. Cette nuance compte pour la suite.
Claude Cowork : partir des dossiers de votre ordinateur
Claude Cowork est le mode « tâche » de Claude, l’assistant d’Anthropic. Sa particularité : dans l’application de bureau, pour macOS et Windows, il lit, modifie et crée des fichiers dans les dossiers que vous lui ouvrez. Des connecteurs l’ouvrent à d’autres outils (Google Drive, Gmail, Microsoft 365, Slack, HubSpot…) ; ils reposent sur MCP, un standard pour brancher une IA sur un logiciel. Un navigateur intégré sert aux tâches sur le Web.
Trois modes règlent le contrôle : approuver chaque action, laisser Claude les approuver après une vérification de sécurité, ou tout laisser passer. Dans tous les cas, il demande avant de supprimer définitivement un fichier.
Cowork est réservé aux offres payantes. Depuis le 16 septembre, Anthropic le fusionne avec la conversation classique, d’abord sur les offres individuelles ; Team et Enterprise gardent pour l’instant les deux modes séparés.
Copilot Cowork : rester dans Microsoft 365
Copilot Cowork est le mode de Microsoft Copilot qui agit à votre place dans Microsoft 365. Il envoie des mails depuis Outlook, organise des réunions, crée des fichiers Word, Excel, PowerPoint ou PDF, publie dans Teams et range des documents dans OneDrive et SharePoint. Des plugins, des modules à installer depuis la boutique Microsoft 365, ajoutent d’autres outils.
Il s’utilise dans le navigateur, dans l’application Copilot pour Windows et macOS, et sur mobile. Microsoft assume deux limites : il n’accède pas aux fichiers de votre ordinateur, seulement à OneDrive et SharePoint, et il ne peut pas supprimer de fichier.
Avant une action sensible, comme un envoi de mail, il demande votre accord et affiche un niveau de risque. Il hérite de vos droits : un fichier que vous ne pouvez pas ouvrir lui reste fermé.
ChatGPT Work : le mode tâche de ChatGPT
OpenAI a lancé ChatGPT Work le 9 juillet 2026 et le présente comme un agent pour les tâches longues : il recherche, analyse, travaille avec les applications et les fichiers connectés, puis crée documents, tableurs, présentations et rapports. Vous suivez sa progression, répondez à ses questions et approuvez les actions importantes.
Sur le Web et le mobile, il travaille dans le cloud d’OpenAI. Dans l’application de bureau, pour macOS et Windows, il peut aussi utiliser des fichiers et des applications de l’ordinateur, avec votre permission ; OpenAI précise que les messages et le contexte de la tâche peuvent malgré tout être stockés dans son cloud. Les autres outils se branchent par des plugins, plus de 1 400 selon OpenAI. Pour une entreprise, il est inclus dans l’offre ChatGPT Business, à partir de deux utilisateurs.
Le comparatif en un tableau
| Critère | Claude Cowork | Copilot Cowork | ChatGPT Work |
|---|---|---|---|
| Où il travaille | Application de bureau ; Web et mobile en bêta sur l’offre Team | Navigateur, application Copilot, mobile | Web, mobile, application de bureau |
| Fichiers de l’ordinateur | Oui, dans les dossiers ouverts | Non : OneDrive et SharePoint seulement | Oui, depuis l’application de bureau |
| À quoi il se connecte | Connecteurs (Drive, Gmail, Microsoft 365, Slack…), navigateur | Outlook, Teams, OneDrive, SharePoint, plugins Microsoft 365 | Plugins (Gmail, Slack, Google Sheets…), navigateur |
| Qui l’administre | Le propriétaire de l’organisation Claude : activation, connecteurs, mode d’approbation | L’administrateur Microsoft 365 : accès, budget, plugins, modèles | Le propriétaire ou l’admin de l’espace : Work en local ou dans le cloud, plugins |
| Vos données (offre entreprise) | Pas d’entraînement sur vos contenus par défaut | Traitées dans le périmètre Microsoft 365, mêmes règles de résidence que Copilot | Pas d’entraînement sur les données de l’espace |
| Prix publié | Team : 20 $ HT par utilisateur et par mois en annuel, 25 $ en mensuel | Licence Copilot Business : 18,20 € HT par utilisateur et par mois en annuel, plus l’usage de Cowork, facturé à la consommation | Business : 20 $ par utilisateur et par mois en annuel, 25 $ en mensuel |
Chez Microsoft, la licence Copilot s’ajoute à l’abonnement Microsoft 365, et chaque tâche Cowork consomme des crédits en plus : le coût dépend de l’usage. Chez OpenAI, le prix en dollars vaut « pour la plupart des pays » et peut varier selon la devise.
Lequel choisir selon votre équipe
Le premier critère n’est pas l’outil, c’est l’endroit où vivent vos documents.
- Tout est dans Microsoft 365 (Outlook, SharePoint, Teams) : Copilot Cowork part avec un avantage. Il travaille là où sont vos documents, avec les droits déjà en place. Prévoyez un budget qui varie avec l’usage.
- Vos fichiers sont sur les postes, ou répartis entre plusieurs outils (Google Drive, Slack, un CRM) : Claude Cowork et ChatGPT Work s’y prêtent mieux.
- Votre équipe a déjà ChatGPT Business : Work est compris dans le siège standard. Essayez-le sur une vraie tâche avant de comparer.
Ensuite, trois questions à régler avant d’ouvrir les accès :
- Qui administre l’outil, et qui décide des connecteurs autorisés ?
- Quelles données peuvent y passer ? Un détail pour une entreprise européenne : Microsoft indique que les modèles d’Anthropic proposés dans Copilot sont exclus de sa limite de données de l’UE (l’« EU Data Boundary ») et désactivés par défaut en Europe.
- Quelles actions peuvent partir sans relecture ? Les trois outils savent envoyer un message en votre nom.
Le risque à connaître : l’injection de consignes
Un assistant qui lit vos mails ou des pages Web peut tomber sur un texte piégé, écrit pour lui donner des ordres. Anthropic décrit ce risque dans son guide de sécurité, avec l’exemple d’un mail qui demande de virer de l’argent sur un compte. Ses conseils valent pour les trois outils : n’ouvrir que les dossiers utiles, tenir les documents financiers à l’écart, garder l’approbation manuelle pour ce qui envoie, achète ou supprime. Et l’utilisateur reste responsable des actions faites en son nom.
Ce qu’un assistant ne remplace pas
Ces trois outils aident une personne dans son travail. Ils partent de sa demande, utilisent ses accès, et c’est elle qui relit le résultat. Pour le point du lundi ou une synthèse de réunions, c’est souvent tout ce qu’il faut. Si c’est votre cas, inutile d’aller plus loin.
Un agent sur mesure répond à un autre besoin : une tâche de l’entreprise, pas d’une personne. Il traite chaque facture, chaque devis ou chaque ticket, sans qu’on le lui demande. Il applique vos règles à chaque cas, travaille dans vos logiciels de gestion, laisse une trace de chaque vérification et soumet ce qui engage l’entreprise à la bonne personne. Un assistant ne suffit plus quand :
- la même règle doit s’appliquer à chaque cas, quelle que soit la personne qui lance la tâche ;
- le résultat doit être écrit dans un logiciel de gestion ou un CRM, pas dans un document à relire ;
- il faut pouvoir montrer après coup ce qui a été vérifié ;
- l’action doit être validée par quelqu’un d’autre que son demandeur : c’est l’enjeu de la validation humaine.
Et parfois, une automatisation classique fait très bien l’affaire.
Par où commencer
- Choisissez une tâche personnelle et répétée, sans données sensibles : un point d’équipe, une synthèse de réunions, une veille.
- Essayez l’outil qui correspond à l’endroit où sont vos documents, avec l’approbation manuelle activée.
- Notez où il bute : une règle qu’il oublie, un logiciel qu’il n’atteint pas, une validation qui devrait revenir à quelqu’un d’autre.
Si cette dernière liste s’allonge, ce n’est plus une affaire d’assistant. Pour voir ce qu’un agent sur mesure fait dans les logiciels d’une entreprise, et ce qu’il laisse à votre équipe, la page Agents IA sur mesure présente des cas d’usage concrets et les garde-fous mis en place.


